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substance

Une substance c'est d'abord un sujet, soit : ce dont on parle et à propos de quoi on dit quelque chose.

 

Ex 1: "Le troupeau broute paisiblement" : on attribue au troupeau (sujet) une action qualifiée (verbe+ adverbe)

  Qui fait quoi ? pourrait-on demander (si l'on a pas bien entendu), et on nous répondrait par la mention du sujet,

   le troupeau et de son action.

Ex 2 : "la grâce de cette femme m'a séduit"

  Qu'est-ce qui t'a séduit ? pourrait-on demander ; la grâce de cette femme est ce dont je parle.

 

Pourtant cette approche grammaticale est loin d'épuiser la notion de substance, ni celle d'ailleurs de sujet. D'une manière générale, on peut dire qu'il n'y a pas forcément de sujet réel partout où il y a un sujet grammatical.

 

Prenons l'exemple 1 : nous parlons de troupeaux, des gens, d'un quartier, etc. Mais de quoi parle-t-on alors ? Le "troupeau" n'est rien d'autre qu'un ensemble de moutons, qui entretiennenent certaines interaction (ex : imitation). Le nom ne désigne rien en propre, mais un ensemble d'être.

Considérons l'exemple 2 : nous pouvons parler de la beauté d'une personne. Mais de quoi parlons nous vraiment ? Le problème de la formulation est qu'elle est ambigüe : nous parlons de la beauté de la personne à l'aide de la même tournure grammaticale que si nous parlions de sa robe. Pourtant, alors que la robe est un objet physique assez bien défini, séparable de la personne qui la porte,la beauté de la femme n'est ni un objet physique, ni plus généralement un objet que l'on pourrait détacher de la femme qu'elle qualifie. Autrement dit, mettre en position de sujet grammaticale la femme plutôt que sa beauté, est une reformulation qui nous paraît plus logique et davantage fidèle à la réalité.

 

Résumons : un sujet grammatical peut tenir lieu d'un ensemble d'êtres (ex1) ou encore d'une caractérique d'un être (ex 2). La manière de parler peut ne pas reproduire fidèlement la réalité.

L'univers physique, naturel,animal et humain, ne nous semble pas être composé de choses telles que "la beauté" mais plutôt de belles choses, personnes, animaux, etc. Il ne nous semble pas être composé d'ensemble, mais plutôt d'individus assemblés.

 

Depuis Aristote, on appelle substance ou sujet les êtres qui répondent à deux conditions :

- ils sont "individués" (que l'on peut désigner, distinguer d'autres choses, dont que l'on peut aussi compter). "le français moyen" ne désigne pas une substance, alors que "ce français" en désigne une.

-ils sont "séparables" détachables des autres choses auxquelles ils sont liés ( au moins "en pensée")1. Cette taille (en parlant d'un vêtement) ne désigne pas une substance, car la taille d'un vêtement n'est rien d'autre qu'une caractéristique de ce vêtement.

 

À ce titre, on considère aussi comme substance les ensembles tels qu'un troupeau ou les entités indénombrables comme du pain ou de l'eau.

Mais dans un sens plus restreint, on ajoute deux conditions :

-une substance ne peut pas être divisée en substances du même genre. ce qui exclut que de l'eau soit une substance (une partie de l'eau est encore de l'eau)

-elle n'est pas un simple ensemble de substances : il lui faut une certaine cohésion de ses élément constituants (un troupeau de mouton n'est pas une substance, un mouton en est une)

 

1On peut imaginer un organe détaché de l'organisme, même s'il ne remplirait alors plus sa fonction. En revanche on ne peut pas concevoir qu'une caractéristique (ex : bleu) soit détachée de tout support (teinture, peinture, maquillage, etc.). On peut peut-être penser au bleu en général ou à la beauté en général, mais il s'agit alors d'abstractions, d'idées produites par l'esprit, qui n'existent pas en tant que telles.

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