Platon, critique de la rhétorique

Platon met en scène le rhéteur Gorgias, et Socrate, qui discutent des vertus et de vices de l'art de la parole, la rhétorique : 

« Gorgias – ah, si au moins tu savais tout, Socrate, et en particulier que la rhétorique, laquelle contient, pour ainsi dire, toutes les capacités humaines, les maintient toutes sous son contrôle ! je vais t’en donner une preuve frappante. Voici. Je suis allé, souvent déjà, avec mon frère, et d’autres médecins, visiter des malades qui ne consentaient  ni à boire leur remède, ni à se laisser saigner ou cautériser par le médecin. Et là où ce médecin était impuissant à les convaincre, moi, je parvenais, sans autre art que la rhétorique, à les convaincre. Venons-en à la Cité. Suppose qu’un orateur et qu’un médecin se rendent dans la cité que tu voudras, et qu’il faille organiser, à l’assemblée (…), une confrontation entre le médecin et l’orateur pour savoir lequel des deux on doit choisir comme médecin. Eh bien j’affirme que le médecin aurait l’air de n’être rien du tout, et que l’homme qui sait parler serait choisi s’il le voulait. (…) Car il n’ya rien dont l’orateur ne puisse parler, en public, avec une plus grande force de persuasion que celle de n’importe quel spécialiste. Ah, si grande est la puissance de cet art rhétorique ! (…)

[Cela dit, il faut] se servir de la rhétorique d’une façon légitime, comme on le fait du reste pour tout art de combat. »                                                                                                                                                                                            (456a-457a)

 « Socrate - la rhétorique n’a aucun besoin de savoir ce que sont les choses dont elle parle; simplement, elle a découvert un procédé qui sert à convaincre, et le résultat est que, devant un public d’ignorant, elle a l’air d’n savoir plus que n’en savent les connaisseurs »

« une telle activité, pour le dire en un mot, je l’appelle flatterie" (463b)

« En fait, elle n’a aucun souci du meilleur état de son objet, et c’est en agitant constamment l’appât du plaisir qu’elle prend au piège la bêtise, qu’elle l’égare, au point de faire croire qu’elle est plus précieuse que tout. » (464d)

« l’esthétique est à la gymnastique ce que la cuisine est à la médecine. (…) la cuisine est à la médecine ce que la rhétorique est à la justice »

                                                                                                                                                                           Platon, Gorgias

 

×