Rousseau- extraits du contrat social

[Le contrat social : l’individu abandonne sa liberté naturelle pour sa liberté de citoyen, déterminée par le Moi collectif]

 

« [Le pacte social] se réduit aux termes suivants: «Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.» »

« À l'instant, au lieu de la personne particulière de chaque contractant, cet acte d'association produit un corps moral et collectif, composé d'autant de membres que l'assemblée a de voix, lequel reçoit de ce même acte son unité, son moi commun, sa vie et sa volonté. »

                       

[La souveraineté appartient au peuple. Le pouvoir exécutif ne fait qu’appliquer sa volonté législative]

Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois  (…). Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois, et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les Républiques au pouvoir des Magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des Lois : ils en sont les Ministres, non les arbitres ; ils doivent les garder, non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi.

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La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point (…).

Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n'a pas ratifiée est nulle; ce n'est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien. »

 

[Le « droit du plus fort » est une absurdité : la force ne fait pas le droit]

 

Obéissez aux puissances. Si cela veut dire cédez à la force, le précepte est bon mais superflu, je réponds qu’il ne sera jamais violé (…). Qu’un brigand me surprenne au coin d’un bois : non seulement il faut par force donner la bourse, mais quand je pourrais la soustraire suis-je en conscience obligé de la donner ? Car enfin le pistolet qu’il tient est aussi une puissance. Convenons donc que la force ne fait pas droit, et qu’on est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes.

 

                                                                                                                                                                  JJ Rousseau, Du contrat social (1762)

 

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