Wittgenstein - jugement esthétique et contexte pratique

« Chose caractéristique dans notre langage, un grand nombre de mots employés dans ces circonstances sont des adjectifs – « magnifique », « charmant », etc. Mais vous voyez qu’il n’y a rien là de nécessaire. Vous avez vu qu’ils ont d’abord été employés comme interjection. Quelle importance si, au lieu de dire « c’est charmant », je disais seulement « Ah ! » en souriant, ou si je me contentais de me frotter l’estomac ? Pour autant qu’il s’agisse de ces langages primitifs, des problèmes tels que la destination de ces mots, leur sujet réel [ce que l’on appelle le « beau » ou le « bon.] ne se posent pas du tout ».

« Il est remarquable que  dans la vie réelle, lorsqu’on émet des jugements esthétiques, les adjectifs esthétiques tels que « beau », « magnifique » ne jouent pratiquement aucun rôle. Pour la critique musicale employez-vous des adjectifs esthétiques ? Vous dites : « Fais attention à cette transition » ou « ce passage n’est pas cohérent ». Ou, parlant d’un poème en critique, vous dites : « son utilisation des images est précise ». Les mots que vous employez sont plus apparentés à « juste » ou « correct » (au sens que ces mots revêtent dans le discours ordinaire qu’à « beau » ou « charmant » »

                                                                                                               Ludwig Wittgenstein, Leçons et conversations, leçons sur l'esthétique, §7- 8

×