Un nouveau FN bien proche de l'ancien

Un «nouveau FN» bien proche de l'ancien

13 février 2012 | Par La rédaction de Mediapart

 

Marine Le Pen tente d'installer l'idée qu'elle serait plus «moderne», ancrée «dans son temps», et que c'est un «nouveau FN» qu'elle a mis en place depuis sa prise du parti, en janvier 2011. Pourtant, en comparant les propositions de 2007 et 2012 (lire notre «Boîte noire»), on voit que le FN a conservé nombre de ses propositions archaïques ou xénophobes. Notamment sur la protection de la vie et la conception de la mort, où Marine Le Pen reste sur la position traditionnelle du FN. 

La «priorité nationale»

Marine Le Pen l'a rebaptisée, mais le principe reste le même. C'est bien la «préférence nationale» qui se cache derrière la nouvelle dénomination «priorité nationale», pierre angulaire de son projet. Elle-même reconnaît qu'il n'y a «aucun changement» sur le fond. De sa politique étrangère à sa politique familiale, en passant par ses mesures sur le handicap, la santé, le pouvoir d'achat, il n'y a pas un domaine où Marine Le Pen n'évoque pas cette «priorité» donnée aux Français ou ne stigmatise les immigrés. Concrètement, elle l'applique à l'accès à l'emploi et au logement, et réserve les allocations familiales «aux familles dont un parent au moins est Français ou Européen» (dans le programme de 2007, elles n'étaient réservées qu'aux Français).

En 1998, la maire FN de Vitrolles, Catherine Mégret, avait mis en place une allocation réservée aux parents français ou de l'Union européenne. Celle-ci avait été jugée illégale par le tribunal administratif de Marseille et Catherine Mégret avait été condamnée au pénal. Marine Le Pen compterait donc avoir recours au référendum pour «modifier la Constitution» et rendre possible cette «priorité nationale».

«Référendum» sur la peine de mort

Le rétablissement de la peine de mort est l'une des mesures «historiques» du FN. Réclamée par une grande partie du FN, Marine Le Pen s'y est déclarée favorable pour les tueurs d’enfants et les trafiquants de drogue. Elle souhaite «un référendum» sur le sujet. Ce qui supposerait une réforme de la Constitution et la dénonciation de plusieurs traités internationaux. La peine de mort, ça empêche la récidive», pense Jean-Marie Le Pen.

Revalorisation du budget “défense” et mesures pour les anciens combattants

Pour contenter sa frange dure, Marine Le Pen compte revaloriser le budget de la défense de 3,7 milliards d'euros et encore davantage celui des anciens combattants de 4,4 milliards d'euros sur 5 ans. Elle propose notamment de construire un deuxième porte-avions (car «un seul ça ne sert strictement à rien. C'est comme s'il y en avait zéro») et «d'organiser une Garde Nationale de 50.000 réservistes». Déplorant «le sort qui est aujourd’hui réservé aux anciens combattants», elle leur consacre une partie entière et une série de mesures : revalorisation de leurs pensions, maintien du 11 novembre comme journée d'hommage aux combattants de la Première Guerre mondiale. Elle souhaite aussi «favoriser le souvenir de l’Armée d’Afrique, qui s’est illustrée dans la libération de la France et dans la défense de l’empire» et rattacher «la cause harki au ministère des Anciens combattants», «opposition à toute commémoration du 19 mars 1962».

«Diversité», «parité» : du «racisme inversé»

Dans la partie «laïcité» de son projet, Marine Le Pen mélange allègrement laïcité, communautarisme, lutte contre la «diversité» et «parité», qui font partie, selon elle, de «cette idéologie différentialiste et multiculturelle, qui n’est qu’une forme de racisme inversé». «Les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels», écrit le FN dans son programme.

Déremboursement de «l'IVG de confort»

La lutte contre le droit à l'avortement est l'un des chevaux de bataille favoris du FN. Dans les années 1980, il encourageait les violences des commandos, truffés de militants frontistes, qui s'opposent à la pratique de l'IVG en investissant les hôpitaux. En 1986, les députés frontistes avaient déposé une proposition de loi sur le déremboursement de l'IVG. En 2002 et 2007, le parti envisageait encore de revenir sur la loi Veil «par voie référendaire». Marine Le Pen a longtemps laissé entendre qu'elle était plus ouverte que son père sur le sujet et ne souhaitait pas supprimer la loi Veil. Mais le thème est sensible au sein du parti (notamment dans la branche catholique).

La présidente du FN a donc réalisé un tour de passe-passe. Sous couvert de vouloir donner aux femmes le choix – qu’elles ont déjà, du reste –, elle entend en fait détricoter la loi Veil. Dans son projet, elle prône «une meilleure prévention et information», «la possibilité d’adoption prénatale» et «une amélioration des prestations familiales pour les familles nombreuses». Dans les médias, elle se positionne également pour le «déremboursement des IVG de confort» (sauf en cas de viol) et qualifie le Planning familial de «centre d'incitation à l'avortement» (lire notre fiche “Place des femmes").

  • «Politique nataliste» et «femmes au foyer»

La politique familiale de Marine Le Pen (troisième budget le plus important avec 32,4 milliards) se situe dans la droite ligne du FN depuis trente ans. Une «politique nataliste» et la femme réduite à son rôle de mère. Marine Le Pen reprend notamment une «proposition claire et assez ancienne» du FN : le «salaire parental», qu'elle envisage en fait pour «les femmes au foyer», comme elle l'a précisé sur RMC le 9 janvier.

Contre la légalisation de l'euthanasie

Le parti reste vigoureusement opposé à une loi légalisant l’euthanasie. «Il ne faut pas franchir ce pas, a dit Marine Le Pen en février 2011. Pour elle, la loi Leonetti est «suffisante», «elle est un point d'équilibre, (...) même s'il y a beaucoup de progrès à faire en termes de prise en charge et pour lutter contre la douleur». La proposition de loi de janvier est une «législation de l’assassinat», a redit la vice-présidente du FN chargée des affaires sociales, Marie-Christine Arnautu, qui craint qu’une telle autorisation n'amène des «dérives».

«Interdire» les recherches sur l'embryon

Marine Le Pen veut «interdire purement et simplement» les recherches sur l'embryon car «le rôle des responsables politiques, c'est de poser des limites», dit-elle dans La Croix en février 2011.

Mariage et adoption réservés aux couples hétérosexuels

Sans surprise, dans la droite ligne du FN, pas question d’envisager la famille autrement que sous la forme d’un couple hétérosexuel. Pour Marine Le Pen, «la famille doit se fonder exclusivement sur l’union d’un homme et d’une femme et accueillir des enfants nés d’un père et d’une mère». Elle inscrit donc noir sur blanc son opposition «à toute demande de création d’un mariage homosexuel et/ou d’une adoption par des couples homosexuels», niant la réalité de quelque 100.000 à 200.000 enfants ayant au moins un parent homosexuel, selon l’Association des parents gays et lesbiens. Son argument ? L’autorisation du mariage entre couples de même sexe ouvrirait une brèche à la polygamie. «Pourquoi pas l'autorisation de la polygamie ?», s'est-elle exclamée le 14 juin 2011, sur France Inter.

Concernant le PACS, elle considère qu’il «apporte une solution suffisante et ne sera pas remis en cause». Une position bien différente de celle défendue en son temps par Jean-Marie Le Pen, qui s’était d’abord opposé à sa création en 1998, puis avait inscrit dans son programme pour 2002 son abrogation. S’il y a un assouplissement sur la question, c’est uniquement parce que dans l’esprit de Marine Le Pen, le Pacs est perçu comme un moyen concret de servir «des intérêts matériels communs» suscités par «la vie commune».

C’était déjà en ces termes que Jean-Marie Le Pen le présentait pour la présidentielle de 2007, dans un entretien à BFM-TV : «Je ne vois pas beaucoup d'intérêt à cette formule, mais dans le fond, si elle permet à certaines personnes de se témoigner réciproquement de leurs intérêts matériels, je ne vois pas d'inconvénient. Puisque cela porte ce nom-là, ça ne me gêne pas.»

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