Le FN, la santé, la recherche et la fraude

Le FN, la santé, la recherche et la «fraude»

13 février 2012 | Par La rédaction de Mediapart

«Garantir l’accès à la santé pour tous les Français», tel est l’objectif affiché par le Front national. Cette formule consensuelle recouvre une argumentation erronée assortie de propositions liberticides. La principale recette de Marine Le Pen pour boucher le trou de la sécurité sociale consiste à lutter contre la fraude, dont elle prétend diviser le coût par quatre en cinq ans.

Cela représenterait, d’après le projet du FN, «15 milliards d’économies à obtenir par une action résolue, rigoureuse et mobilisant l’ensemble des services publics (caisses de sécurité sociale, médecins, collectivités, services fiscaux), sous l’autorité d’un secrétariat d’Etat à la lutte contre la fraude». Mais en réalité les deux tiers des fraudes à la Sécurité sociale sont le fait des entreprises et non des particuliers (via le travail au noir). Par ailleurs, une grande partie des montants indûment versés, souvent à cause d'erreurs et pas de fraude caractérisée, est récupérée.

Lutter contre les «arrêts de conforts et autres abus» ne rapportera donc jamais 15 milliards. Histoire de charger la barque, le FN présente comme un fait la légende selon laquelle il y aurait 10 millions de fausses cartes Vitale en circulation. Un pur fantasme : Marine Le Pen s'appuyait en fait sur un rapport de 2004 indiquant certes qu'il y avait des cartes Vitale en surnombre, mais cela n'indiquait pas forcément une fraude et elles ont depuis été détruites, comme l'a expliqué Libération. Quant à d'éventuelles filières fabriquant des fausses cartes Vitale, on attend que Mme Le Pen prouve leur existence...

«Secrétariat d'Etat à la lutte contre la fraude» et stigmatisation des immigrés

Pour combattre un fléau imaginaire, le FN voudrait instituer un «secrétariat d’Etat à la lutte contre la fraude», créer une carte vitale biométrique sécurisée, imposer aux collectivités locales de transmettre toutes leurs informations, croiser systématiquement les fichiers sociaux et fiscaux, mettre en place un dossier médical personnalisé, etc. Même si le projet affirme que la confidentialité des données du DMP sera assurée, l’ensemble du dispositif n’est rien d’autre qu’un fichage généralisé de la population, incompatible avec les libertés démocratiques.

Outre les fraudeurs, le projet cible les populations immigrées : Marine Le Pen projette d’instaurer un délai de carence d’un an de résidence continue en France avant de bénéficier de la Sécurité sociale, de renégocier les conventions internationales signées en matière de santé avec des pays étrangers et de supprimer l’AME (aide médicale d’Etat) destinée aux étrangers en situation irrégulière.

La logique de stigmatisation et de fichage policier qui commande ce projet est la négation même de ce que devrait être la santé publique. Et lorsque le FN prétend s’occuper de questions médicales, il fait montre d’une incompétence flagrante : par exemple, il propose de maintenir le remboursement des médicaments anti-Alzheimer, dont l’utilité a été remise en cause par la Haute autorité de santé, peu suspecte de sévérité à l’égard de l’industrie pharmaceutique.

Recherche : «faire de la France une terre d’excellence»... avec des frontières fermées

En ce qui concerne la recherche, Marine Le Pen annonce un budget de 32 milliards d'euros, sans détailler davantage. Elle souhaite «faire de la France une terre d’excellence», tout en déplorant le niveau de chômage élevé des titulaires d’un doctorat. Le constat est juste – la France a un taux de docteurs au chômage plus élevé que ses voisins européens –  mais le diagnostic erroné : le Front national attribue ce fait à l’inadaptation de la formation, alors qu’il est dû à ce que le secteur privé investit peu dans la recherche.

Le FN souhaite développer de grandes universités françaises, mais sans augmenter l’investissement public, rigueur budgétaire oblige. Or, si l’on ne prend pas en compte la recherche militaire et les grands programmes comme le nucléaire, le niveau de fonds publics investis dans la recherche en France est faible.

Mais Marine Le Pen se préoccupe moins de la cohérence de son projet que de la présence étrangère dans nos laboratoires : «Les meilleurs chercheurs étrangers seront attirés dans le cadre d’une politique d’immigration ultra-sélective exclusivement centrée sur les talents (l’objectif global est de ramener l’immigration légale de 200.000 titres de séjour par an à 10.000 en fin de mandat).»

Marine Le Pen n’oublie qu’un détail : les Etats-Unis, de loin la première nation scientifique au monde, ont ouvert leurs portes aux étudiants et aux chercheurs des cinq continents. Beaucoup de publications de laboratoires de recherche américains sont signées d’auteurs chinois, japonais, européens… La recherche scientifique, contrairement au FN, ne prospère qu’en abaissant les frontières et en libérant les flux migratoires.

 

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