Le FN et la place des femmes

Le FN et la place des femmes

13 février 2012 | Par La rédaction de Mediapart

 

Les femmes, cible électorale de Marine Le Pen. La présidente du FN met constamment en avant sa différence principale avec son père : elle est une «femme de son temps», «libre», «moderne», «divorcée, mère de trois enfants». «Quand on est une femme, les 35 heures, on ne connaît pas» ; «Les femmes sont soumises à la "double peine" : un travail souvent prenant et une vie de famille à mener», écrit-elle sur son site.

Elle se pose en porte-drapeau des droits des femmes (par exemple lors de l’affaire DSK). Un bel exemple de «triangulation» (qui consiste à piquer au camp adverse certaines idées pour l'asphyxier) et d'intox. Car le programme du FN ne fait aucune place aux femmes en tant qu’individus autonomes : il les réduit à un rôle maternel et les cantonne au foyer. Dans la droite ligne du Front national depuis trente ans.

Une «politique nataliste»

Le programme du FN prône, encore et toujours, une «politique familiale nataliste» traditionnelle, tournée vers le passé. «Un pays en bonne santé est un pays qui fait des enfants» ; «On est bien loin de la vocation initiale en 1945 des allocations familiales dont l’objectif était de favoriser la natalité française et d’aider toutes les familles, quel que soit leur revenu», lit-on dans le projet 2012.

Un revenu parental... pour les «femmes au foyer»

De même, la création d’un revenu parental, qui permettrait «de choisir librement entre l’exercice d’une activité professionnelle et l’éducation de leurs enfants», laisse entendre qu’il faut choisir entre vie professionnelle et vie familiale. Présenté comme étant destiné aux pères comme aux mères, il s’adresse en réalité aux «femmes au foyer», si l’on écoute Marine Le Pen. Elle évoque «un salaire maternel»Présent le 21 décembre 2010), et «un salaire minimum qui serait accordé aux femmes qui font le choix d'élever leurs enfants» (sur RMC, 9 janvier 2012). Coût de la mesure : 15 milliards d'euros. Par ailleurs, ce revenu parental (80 % du Smic pendant trois ans à partir du deuxième enfant) n'est qu'une déclaration d'intention puisqu’il sera mis en œuvre «dès que les finances le permettront», sans autre précision.

La parité, «racisme inversé»

Dans sa partie «laïcité», Marine Le Pen mélange allègrement laïcité, communautarisme, lutte contre la «diversité» et «parité», qui font partie, selon elle, de «cette idéologie différentialiste et multiculturelle, qui n’est qu’une forme de racisme inversé». «Les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels», lit-on dans son projet.

Silence sur les inégalités salariales

Si elle propose d’abaisser l’âge de la retraite pour les mères ayant élevé au moins trois enfants ou ayant élevé un enfant handicapé, la candidate frontiste est silencieuse sur les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. «Qu'est-ce que vous voulez ? Qu'on égalise les salaires alors que tant de gens sont au chômage ?», a déclaré Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du FN en charge des affaires sociales, dans le magazine Causette.

Le déremboursement des «IVG de confort»

Enfin et surtout, la femme est renvoyée à son statut de reproductrice sur le sujet de l’avortement: Marine Le Pen affirme que «le libre choix pour les femmes doit pouvoir être aussi celui de ne pas avorter». Ce qui laisse entendre qu’aujourd’hui, les femmes seraient obligées d’avoir recours à l’IVG. La lutte contre le droit à l'avortement est l'un des chevaux de bataille favoris du FN. Dans les années 1980, il encourageait les violences des commandos, truffés de militants frontistes, qui s'opposent à la pratique de l'IVG en investissant les hôpitaux. En 1986, les députés frontistes avaient déposé une proposition de loi sur le déremboursement de l'IVG. En 2002 et 2007, le parti envisageait encore de revenir sur la loi Veil «par voie référendaire».

Marine Le Pen a longtemps laissé entendre qu'elle était plus ouverte que son père sur le sujet. Aujourd’hui, elle réalise un tour de passe-passe. Sous couvert de vouloir donner aux femmes le choix – qu’elles ont déjà, du reste –, la candidate frontiste entend tout de même détricoter la loi Veil... faute de mieux : «Ce que je dis, c’est qu’abroger la loi Veil aujourd’hui est une promesse qui ne peut pas être tenue, déclare-t-elle dans une vidéo sur le site du FN en 2010. Elle a d’ailleurs été détournée de son sens initial. Au départ, (elle) pénalisait l’incitation à l’avortement.» Directement visé ici, le planning familial, que Marine Le Pen qualifiait le 25 janvier sur Rue89 de «centre d'incitation à l'avortement».

Dans son projet, elle prône «une meilleure prévention et information», «la possibilité d’adoption prénatale» et «une amélioration des prestations familiales pour les familles nombreuses». Dans les médias, elle se positionne également pour le «déremboursement de l'IVG de confort» (sauf en cas de viol). En janvier, le FN est à nouveau monté au créneau sur le sujet (exemple avec l'intervention de Louis Aliot, numéro 2 du FN, dans l'émission «Mots croisés»).

Comme le rappelle Laurent Maffeïs, proche de Jean-Luc Mélenchon, dans Les Cinq Mensonges du Front national (Bruno Leprince, 5 euros), lorsque Marine Le Pen était présidente du groupe FN au Conseil régional d’Ile-de-France, elle prônait la fin du soutien aux centres IVG, «au nom du droit à ne pas avorter». Il rappelle aussi que dans un entretien à Présent le 21 décembre 2010, Marine Le Pen annonçait comme objectif de «faire baisser» le nombre d’avortements «pour tenter de le ramener jusqu’à zéro si possible».