La laïcité à la sauce FN

Le FN et la laïcité

13 février 2012 | Par La rédaction de Mediapart

 

« Championne de la laïcité » : c’est l’image que Marine Le Pen a patiemment construite, et avec un certain succès. En témoignent les déclarations récentes de l’intellectuelle de gauche Elisabeth Badinter et le succès médiatique des polémiques lancées par la candidate du Front national. La plus efficace fut sans conteste celle de décembre 2010 à propos des prières de rue, qualifiées «d’occupation» par Marine Le Pen et à laquelle tous les responsables politiques, droite et gauche confondus, se sont sentis contraints de réagir. Y compris pour condamner un phénomène pourtant marginal.

Mais comme l’explique le chercheur Jean Baubérot dans son dernier ouvrage La Laïcité falsifiée, Marine Le Pen est parvenue à s’imposer dans le débat public, avec le soutien indirect de l’UMP, en défendant une conception distordue de la laïcité : en clair, en prétendant défendre la loi de 1905, Marine Le Pen ne fait que la déformer.

Ainsi, dans son programme (lire le détail ici), la leader frontiste avance sur le terrain de laïcité en visant explicitement l’islam, et non l’ensemble des religions ou croyances, puisqu’elle articule la défense de la laïcité à la lutte contre le multiculturalisme, « la diversité, nouveau nom de la préférence immigrée », et « le fondamentalisme islamique » qui serait aujourd’hui parmi les « communautarismes les plus puissants, encouragés par les élites ». Marine Le Pen assume parfaitement, à l’inverse, une «préférence chrétienne», justifiée selon elle par l’histoire millénaire du christianisme en France – un argument déjà entendu dans la bouche de Nicolas Sarkozy et sa diatribe sur les « racines chrétiennes ».

La loi de 1905, dont Marine Le Pen se revendique, stipule, à l’inverse, le respect de la liberté de conscience et le libre exercice du culte (quel qu’il soit). Le texte prévoit aussi le respect de l’aspect public du culte – pas question donc d’en faire une affaire strictement privée : d’où le caractère légal des processions catholiques ou de l’organisation des JMJ. Dans ce cadre, les prières de rue ne peuvent être interdites au nom de la loi de 1905.

Or, comme le rappelle Laurent Maffeïs, proche de Jean-Luc Mélenchon, dans Les Cinq Mensonges du Front national, réplique à Marine Le Pen (Bruno Leprince, 5 euros), « quand d’autres religions occupent l’espace public, à commencer par les catholiques intégristes, le FN n’y voit rien à redire ». Le FN n’est pas davantage favorable à la suppression du concordat en Alsace/Moselle.

Dans son programme, Marine Le Pen entretient aussi la confusion entre immigration, laïcité et communautarisme : elle propose l’inscription dans la Constitution du fait que « la République ne reconnaît aucune communauté ». Une phrase qui, en l’état, ne signifie rien, puisque c’est déjà le cas. Elle veut aussi appeler le ministère de l’intérieur « ministère de l’intérieur, de l’immigration et de la laïcité ». Aujourd’hui, les cultes sont déjà gérés par le ministère de l’intérieur. Rien de nouveau donc, seulement un affichage instillant directement un lien entre immigration et laïcité.

Dans la même section, Marine Le Pen propose aussi l’interdiction de la « discrimination positive à l’embauche » – quel rapport ? – et l’interdiction de toutes les « dispositions racistes, sexistes et discriminatoires » dans la législation. Sont ici directement visés les horaires réservés pour les femmes dans certaines piscines ou l’alimentation halal dans les restaurants scolaires.

Seule véritable proposition directement liée à la loi de 1905 : l’interdiction des baux emphytéotiques qui permettent aux collectivités de prêter des terrains pour des durées très longues et qui servent parfois pour les lieux de culte. Une disposition qui rendrait encore plus difficile l’édification de mosquées. Marine Le Pen est également favorable à l’interdiction de tous les signes religieux dans les bâtiments publics, voire dans les transports publics. « Notamment le port du voile ou de tout autre signe religieux ostentatoire ». Mais comme le rappelle Laurent Maffeïs, le FN s’était opposé en 2004 à la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école.