La crise de la dette selon le FN

Le Front national a concocté un volumineux document fait de graphiques pour convaincre de sa capacité à prendre au sérieux la question de l’endettement public. Concernant ce plan de désendettement, tout le raisonnement de Marine Le Pen repose sur une autre de ses mesures phare : la sortie de la zone euro. C'est un scénario à de multiples inconnues, aujourd'hui impossible à chiffrer, ce qui fragilise d'entrée de jeu ce plan de désendettement. Il l'est d'autant plus que l'autre levier avancé par le Front national, et qui doit dégager des ressources budgétaires, est... la lutte contre l'immigration. Enfin, ce chiffrage a été remis en question, y compris par le numéro 2 du parti, Louis Aliot.

La candidate frontiste pense, comme la plupart de ses concurrents – le fameux «UMPS» qu'elle vilipende sans cesse – que la dette est un danger pour l'économie française. Pour elle, il n'y a que de mauvaises dettes et le déficit ne peut être un levier de relance économique. Elle pourfend d'ailleurs dans son programme le «système keynésien de surendettement»... Il n'est donc pas question d'engager une politique de relance, mais bien au contraire de conduire une purge dans les comptes publics, accompagnée d'une restructuration de la dette.

La leader frontiste veut réduire à zéro le déficit d'ici 2018, soit deux ans après Nicolas Sarkozy et un an après François Hollande. Parmi les moyens figurent jusqu'à 70 milliards d'euros d'économies. Il s'agirait donc d'engager un plan de rigueur jusqu'à trois fois supérieur à ceux des candidats UMP et PS. De ces 70 milliards d'euros, surgit un chiffre miracle parfaitement fantaisiste : 40 milliards pour les seules dépenses liées à l'immigration (voir notre fiche “immigration”), et la sortie de la zone euro.

La sortie de la zone euro doit justement permettre au FN de rendre à la Banque de France le pouvoir de créer de la monnaie et de «monétiser» la dette. C'est donc la planche à billets qui viendrait éponger une large partie de la dette. Et provoquer une inflation galopante et la dévaluation immédiate du Franc Le Pen.

Car cette planche à billets marcherait à fond sous Marine Le Pen qui prévoit une monétisation de la dette à hauteur de 100 milliards d'euros par an, une fois la France sortie de la monnaie européenne. La somme est colossale. La candidate frontiste veut aussi que la dette française change de propriétaire et – sans surprise – qu'elle quitte les mains étrangères pour revenir aux seuls épargnants français !

Ses mesures prévoient donc avant tout un changement de nature de la dette, mais pas un modèle économique alternatif et novateur. D'ailleurs, Marine Le Pen souhaite revenir à l'époque pré-1973, date à laquelle Giscard avait mis fin, dans le cadre des accords européens et de la création du système monétaire européen, au droit de la Banque de France à émettre sans limites des titres de dette...

 

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