REVISIONS

 

La raison, la croyance, l'expérience

 

La philosophie part d’un double constat : nous sommes d’abord dans l’ignorance et nous croyons souvent savoir. Nous sommes d’abord pétri de croyances, d’opinions, voire de préjugés, que nous ne soupçonnons pas. Philosopher, c’est donc d’abord prendre conscience de cela et essayer d’y remédier.

 

  • 1 Qu'est-ce qu'une croyance ?

 

Au sens large, croyance est synonyme d’opinion : Croyance ou opinion : tout ce qui nous semble vrai sans que l’on en soit tout à fait certain. L'opinion ne se réduit pas à donner son avis sur ce qui est bien/mal, beau/laid, etc. : jugement de valeur. Ex : je crois qu’il est bon en math ; il me semble qu’il fera beau demain

Tout va bien si nous tenons à nos croyances comme à de simples conjectures, hypothèses. Le problème c'est que nous avons parfois un sentiment fort de certitude, nous croyons fortement être dans le vrai, alors que nous sommes dans l’erreur. Comment savoir si nous sommes dans le vrai ? La certitude ne semble pas suffisante.

 

En un sens, je peux avoir une certitude tout en me trompant. En un autre sens, lorsqu’on dit « nous avons aujourd’hui la certitude que le réchauffement climatique est produit par l’activité humaine », une telle certitude exclut l’erreur. Il est donc utile de distinguer deux sortes de certitude : Certitude subjective : sentiment de certitude sans avoir nécessairement de bonnes raisons d’être certain. Certitude objective : certitude fondée sur des preuves.

 

Subjectif (faire preuve de subjectivité, un jugement subjectif, une conception subjective…) : relatif à une ou à certaines

personnes (les « sujets »), notamment leurs sentiments ou leurs goûts. Synonyme : personnel, particulier.

Objectif (faire preuve d’objectivité, un avis objectif) : Indépendant de nos sentiments propres, de nos attachements particuliers .

 

  •  

 

  • Distinction Opinion/connaissance – Croire/savoir

 

Exemple :

 

Il est vrai que la route de droite mène à Larisse, vous croyez que la route de droite mène à Larisse même si vous n’avez pas de raison de le croire. Conclusion : vous avez une croyance vraie ou une « opinion droite » (Platon).

 

Il est vrai que la route de droite mène à Larisse, vous croyez que la route de droite mène à Larisse, vous avez de bonnes raisons de croire cela. Conclusion : vous savez qu’elle y mène. Vous avez un savoir ou connaissance.

 

 

    • Opinion droite » ou vraie : croyance vraie que l’on a sans savoir comment la justifier correctement ≠ Connaissance ou savoir : croyance vraie justifiée par des raisons solides.

 

 

2 Qu’est-ce que la raison ?

Raison « théorique » : capacité de justifier qu’une idée (croyance, opinion, hypothèse…) est vraie ou fausse.

Raison « pratique » : capacité de prendre de bonnes décisions et d’accomplir des actions «bonnes.

 

  • Raison : capacité de distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais.

 

3.1.2 - Problème : tous les hommes sont-ils doués de raison ?

 

La raison (ou intelligence ou entendement ): capacité de comprendre ou de donner des raisons qui justifient une idée, une décision, ou une action → tous les hommes (éduqués) sont doués de raison en ce sens. Aristote : « l’homme est un animal doué de raison (logos) »

 

La raison : capacité de juger qu’une croyance (plan théorique), une décision ou une action (plan pratique) est bien justifiée. Faculté de bien juger, de bien penser, et de bien agir → tous les hommes ne sont pas actuellement doués de raison en ce sens (même s’ils le sont de manière potentielle).

 

Nous pouvons comparer la raison à un outil tel qu’une lentille, qui nous permet de voir le monde et d’agir sur lui. (notons que la raison est un ‘outil’ mental, non physique. C’est une capacité de l’esprit).

 

Une bonne justification, donc le savoir (ou la décision) qu’elle permet d’établir, est impartiale (n’a pas de parti pris a priori) ou objective (non subjective). La raison est une capacité d’être impartial et objectif universelle , c’est-à-dire : elle est compréhensible de tout autre être doué de raison ; elle doit pouvoir (en principe) emporter l’adhésion de tous comme en math.

 

Exemple : Le philosophe, le juge et le physicien, trois figures de la raison.

 

3 Qu'est ce que l'expérience

.

 

3..1 L’induction ordinaire

 

On perçoit un fait (l’effet) par nos sens, mais on suppose qu’un autre fait l’a produit (sa cause), par le raisonnement ou inférence : nous savons que cela est bon car nous avons observé plusieurs fois que cela se passait comme ça.

 

Notre expérience nous a habitués à observer la succession des deux faits. Nous supposons qu’il y a là une régularité. En se basant sur cette régularité, et en observant le second fait, on infère que le premier fait l’a produit. De même, en se basant sur cette régularité, et en observant le premier fait, on peut anticiper le fait non encore observé.

 

En un mot, l’expérience (et le raisonnement qui s’appuie sur elle) nous permet spontanément de saisir des régularités, qui nous permettent donc :

 

  • D’expliquer les faits observés (en inférant une cause à partir de la perception d’un effet)

 

  • D’anticiper, prédire des faits non encore observés. (En inférant un effet à partir de la perception de la cause)

 

 

 

Induction : raisonnement par lequel on suppose une régularité (générale) à partir de la perception de faits particuliers.

 

3..2 L’expérience scientifique et l’induction rigoureuse

 

L’expérience ordinaire est surtout passive (en particulier la perception). C’est pour cela qu’elle est source d’erreurs. L’expérimentation est en revanche essentiellement active, construite par le chercheur. Expérimentation : modification délibérée et contrôlée des conditions d’apparition des phénomènes, afin de déterminer quelles causes les produisent.

 

D’une manière générale, les étapes de la démarche expérimentale :

 

  • 1 : Observation neutre d’un fait (sans idées préconçues)

 

  • 2 : Formulation d’hypothèses explicatives

 

  • 3 : On déduit les « implications vérifiables » : ce qui suit logiquement de l’hypothèse et que l’on peut vérifier par l’expérience.

 

  • 4: Expérimentation proprement dite : vérification (confrontation entre l'hypothèse et les faits, la réalité)

 

Claude Bernard (1813-1878) nomme cette démarche la méthode « hypothético-déductive »

Bernard remarque que dans l’expérimentation scientifique, l’expérience des faits (observation) et la raison (capacité de raisonner) collaborent : la raison : propose, à l’aide de l’imagination, une explication possible (H) et définit le protocole expérimental. Par la suite l’expérience vérifie H.

 

 

Exemple

 

 

La découverte de la cause de la fièvre puerpérale par Semmelweis (mi-XIXème), à l’origine du développement de l’aseptisation des hôpitaux.

 

 

  • 1 : Constat : la maladie est plus présente dans le service d’obstétrique A que dans le service B

 

  • 2 : Liste les différences entre les deux services

 

  • 3 : Formule une hypothèse pour chaque différence.

 

    • H1 : la position couchée est responsable du taux de mortalité surélevé.

 

    • H2 : la présence du prêtre est responsable (effet de suggestion).

 

    • H3 : un agent infectieux présent dans les cadavres est responsable

 

  • 4 : Concevoir un test pour H1: changer la position des femmes.

 

  • 5 : Effectuer le test. La mortalité ne change pas: H1 est infirmée.

 

  • 4’ : Concevoir un test pour H2 : changer le parcours du prêtre

 

  • 5’ : Effectuer le test pour H2 : la mortalité ne change pas.

 

  • 4’’ : Si H3 est vraie, alors une solution antiseptique appliquée aux mains des médecins empêchera la contamination.

 

  • 5’’ : On effectue le test. H est vérifié : la mortalité baisse.

 

 

  • Conclusion : la surmortalité dans les maternités est due à un agent infectieux véhiculé par les cadavres.

 

 

 

 

Conclusion générale :

 

Pouvons-nous distinguer avec certitude le vrai du faux ? Pouvons-nous justifier de manière décisive qu’une idée est vraie ? Le scepticisme radical… en doute.

 

Mais un tel doute est excessif : Il existe au moins des certitudes absolues en mathématique : des démonstrations (basées sur la déduction logique à partir d’idée vraies). C’est d’ailleurs pour cela que les autres sciences vont d’une part utiliser les mathématiques (exemple de la théorie d’Eratosthène), d’autre part les imiter, en prenant l’allure de systèmes axiomatiques (exemple de la théorie de Newton et de ses 4 axiomes).

 

Mais la connaissance du monde réel (naturel et humain) ne peut pas être simplement mathématique, et ne peut pas être le fruit du seul raisonnement logique. Former des théories pour connaître le monde réel, cela s’appuie nécessairement sur l’expérience du monde (observation et expérimentation).

 

  • On a vu que l’observation, dans des conditions normales, est une preuve qu’un fait s’est produit.

 

  • Pour comprendre ce fait, il faut cependant aller au-delà de l’observation stricte. Il faut interroger le fait, raisonner, trouver une hypothèse, voire une théorie, concernant ses causes (éventuellement les lois auxquelles il est soumis)

 

 

 

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